Revue semestrielle de littérature et philosophie
(Revue imprimée sur papier et dont les anciens numéros seront disponibles également sur internet)
Numéro 1 : Métaphore et concept
(Numéro consultable en ligne)Numéro 2 : Le fragmentaire
(Numéro consultable en ligne)Numéro 3 : L'autre
(Numéro consultable en ligne)Numéro 4 : Le rêve
(Numéro consultable en ligne)En préparation
Numéro 5 : Le vide
Numéro 6 : E. Cioran
Numéro 7 : La solitude
Numéro 8 : Le mal
Appels à contributions
Pour le numéro 5 : Le vide
(Terme limite 1er mars 2010)Pour le numéro 6 : E. Cioran
(Terme limite 1er septembre 2010)Pour numéro 7 : La solitude
Pour numéro 8 : Le mal
Les personnes qui souhaitent soumettre un texte à la revue sont invitées à lire les indications suivantes.Actualités
« Tout penseur digne de ce nom ou toute personne qui cherche à en devenir un doit accepter d’être, sur un versant de son existence, un “outlaw” »
Entretien avec Patrice Bollon réalisé par Mihaela-Genţiana Stănişor

Journaliste spécialisé dans la critique musicale et littéraire, les portraits de personnalités ou de villes et les articles dits de “tendance”, Patrice BOLLON a travaillé pour Libération, Le Monde, Paris-Match, L’Express, etc., avant de diriger la section “Culture” de Globe-Hebdo. Après avoir collaboré au Figaro-Littéraire et à Marianne, il travaille aujourd’hui principalement pour Le Magazine Littéraire et Philosophie-Magazine. Écrivain, il est l’auteur d’un essai sur le dandysme, Morale du masque, paru en 1990 et traduit en trois langues, du Précis d’extravagance (1995), de Cioran, l'hérétique (1997), traduit en allemand et en japonais, d’une réflexion sur le conformisme, Esprit d'époque (2002), du Manuel du contemporain (2007), ainsi que d’un livre sur Pigalle, le roman noir de Paris (2004) et d’un pamphlet politique, paru en début d'année 2009, Kapital Kontrol : Les nouvelles servitudes volontaires.
Mihaela-Genţiana Stănişor : Quel est, selon vous, le rôle de la philosophie aujourd’hui ?
Patrice Bollon : Faut-il parler du rôle ou des rôles, au pluriel, de la philosophie ? Et que mettre dans celle-ci ? Doit-on y inclure ce qu’on appelle les « sciences sociales » ? Pour moi, c’est une sorte d’évidence. Comment une réflexion philosophique sérieuse, épistémologique, politique, métaphysique ou même existentielle, pourrait-elle se passer des apports de la psychanalyse, de l’ethnologie (Lévi-Strauss, Clastres, Descola), de la linguistique (Benveniste), de l’histoire (Braudel, Wallerstein), etc. ?
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Mihaela-Gentiana Stànisor : «Il n’y a pas d’expérience littéraire ou philosophique sans style»
(Entretien conduit par Aymen Hacen, "La Presse de Tunisie")
"Avec trois numéros déjà parus et deux autres annoncés (Le rêve et Le vide), vous lancez un projet qui peut sembler aussi audacieux que substantiel. Comment Ràzvan Enache, votre codirecteur de publication, et vous-même avez-vous pensé et mis en place ce projet?
L’idée de publier une telle revue, écrite complètement en langue française, ne m’est pas venue tout d’un coup. Il y a eu des curiosités intellectuelles qui m’ont conduite vers ce projet intéressant, j’espère, mais assez difficile à réaliser sans le soutien moral et amical des hommes de culture roumains et étrangers auxquels je dois tellement et qui sont assez nombreux pour être tous cités. Je vais évoquer trois points forts qui m’ont amenée à publier cette revue : d’abord, je suis depuis longtemps passionnée par la problématique des relations entre la littérature et la philosophie. Cet intérêt est apparu en lisant. Au lycée déjà, je me suis vouée aux auteurs qui posaient des problèmes, qui passaient comme difficiles. Les auteurs qui déroulaient dans leur littérature, dans leur écriture une philosophie : Mihai Eminescu, Lucian Blaga, Emil Cioran (malheureusement, les deux premiers sont presque inconnus à l’étranger), pour ne nommer que trois créateurs impossibles à classer à cause de cette étroite interdépendance au niveau scriptural entre la poésie et la philosophie. Ensuite, il y a trois ans, monsieur le professeur Ion Dur, spécialiste de Constantin Noïca (philosophe roumain appartenant à la même génération que Cioran), m’a demandé de tenir un cours de littérature et philosophie aux étudiants de la Faculté de Philosophie. J’ai vécu cela comme une «provocation» : pour la première fois, je pouvais me soumettre au débat et approfondir toute une série de questions qui me préoccupaient et qui visaient les rapports possibles entre les deux disciplines, leurs spécificités, leur évolution historique, leur avenir." Lire tout l'article...
L’idée de publier une telle revue, écrite complètement en langue française, ne m’est pas venue tout d’un coup. Il y a eu des curiosités intellectuelles qui m’ont conduite vers ce projet intéressant, j’espère, mais assez difficile à réaliser sans le soutien moral et amical des hommes de culture roumains et étrangers auxquels je dois tellement et qui sont assez nombreux pour être tous cités. Je vais évoquer trois points forts qui m’ont amenée à publier cette revue : d’abord, je suis depuis longtemps passionnée par la problématique des relations entre la littérature et la philosophie. Cet intérêt est apparu en lisant. Au lycée déjà, je me suis vouée aux auteurs qui posaient des problèmes, qui passaient comme difficiles. Les auteurs qui déroulaient dans leur littérature, dans leur écriture une philosophie : Mihai Eminescu, Lucian Blaga, Emil Cioran (malheureusement, les deux premiers sont presque inconnus à l’étranger), pour ne nommer que trois créateurs impossibles à classer à cause de cette étroite interdépendance au niveau scriptural entre la poésie et la philosophie. Ensuite, il y a trois ans, monsieur le professeur Ion Dur, spécialiste de Constantin Noïca (philosophe roumain appartenant à la même génération que Cioran), m’a demandé de tenir un cours de littérature et philosophie aux étudiants de la Faculté de Philosophie. J’ai vécu cela comme une «provocation» : pour la première fois, je pouvais me soumettre au débat et approfondir toute une série de questions qui me préoccupaient et qui visaient les rapports possibles entre les deux disciplines, leurs spécificités, leur évolution historique, leur avenir." Lire tout l'article...
Arguments
L’idée d’une revue francophone internationale embrassant Littérature et philosophie a le grand mérite de proposer une perspective transdisciplinaire : elle est d’autant plus bienvenue que, sans parler des œuvres littéraires à dimension philosophique (d’Homère à Kafka…), ni des œuvres philosophiques à dimension littéraire (de Sénèque à Nietzsche), il existe, tout particulièrement dans le domaine francophone, avec un Montaigne, avec un Pascal, avec un Cioran…, une longue et belle tradition de plumes qui ont refusé les dogmes séparés pour s’installer dans l’unité qui est celle de la pensée humaine.
Forte du soutien intellectuel des nombreux philosophes qui se sont penchés sur la littérature (de Platon à Derrida…) et des nombreux écrivains qui ont servi des thèses et des idées (de Dante à Proust…), forte de l’autorité conférée par son ouverture à des philosophes comme à des critiques littéraires aussi distingués qu’Irina Mavrodin, Antoine Compagnon, Sorin Vieru, ou encore Ger Groot, la revue Littérature et philosophie touche au problème décisif de la vérité de l’existence humaine, son langage : la vérité du monde s’exprime-t-elle en concepts, ou en métaphores ? Comme tous les entre-deux, l’espace philosophico-littéraire projette une lumière originale, féconde, enrichissante, sur les deux disciplines rapprochées ; mais, surtout, l’expérience de la confrontation de ces deux modes d’expression ne manquera pas d’encourager la reconnaissance d’une perspective unitaire plus stimulante encore.
Pour avoir moi-même conjugué des recherches philosophiques et littéraires, je suis personnellement honoré et fort impatient de participer à une aventure intellectuelle aussi prometteuse.
Forte du soutien intellectuel des nombreux philosophes qui se sont penchés sur la littérature (de Platon à Derrida…) et des nombreux écrivains qui ont servi des thèses et des idées (de Dante à Proust…), forte de l’autorité conférée par son ouverture à des philosophes comme à des critiques littéraires aussi distingués qu’Irina Mavrodin, Antoine Compagnon, Sorin Vieru, ou encore Ger Groot, la revue Littérature et philosophie touche au problème décisif de la vérité de l’existence humaine, son langage : la vérité du monde s’exprime-t-elle en concepts, ou en métaphores ? Comme tous les entre-deux, l’espace philosophico-littéraire projette une lumière originale, féconde, enrichissante, sur les deux disciplines rapprochées ; mais, surtout, l’expérience de la confrontation de ces deux modes d’expression ne manquera pas d’encourager la reconnaissance d’une perspective unitaire plus stimulante encore.
Pour avoir moi-même conjugué des recherches philosophiques et littéraires, je suis personnellement honoré et fort impatient de participer à une aventure intellectuelle aussi prometteuse.
Nicolas Cavaillès
Comme dans la plupart des secteurs de la pensée, nous assistons à une atomisation du savoir humain, sans doute nécessitée par la progression même de la recherche scientifique, s’aventurant de plus en plus loin dans les zones inconnues, apparemment inconnaissables de l’esprit. C’est là que les frontières entre les disciplines se touchent, s’effacent même, c’est l’immense lieu de rencontre où la philosophie, dans le sens de la sagesse antique, et la poésie, exploratrice de l’imaginaire, se donnent rendez-vous, rejoignant également la pensée théologique, la science de Dieu, de la Parole et de l’Ecriture.
Eugène Van Itterbeek
Les relations entre la littérature et la philosophie ont depuis toujours nourri les réflexions des créateurs, qu’ils soient philosophes ou hommes de lettres. Nombreux sont ceux qui prétendaient que la philosophie se distinguait radicalement de la littérature, aussi par la forme que par le contenu. Si la première exprimait la vérité par un langage conceptuel, qui aspire à l’universalité, la deuxième chercherait partout la beauté, se servant d’un langage symbolique et métaphorique qui possède un grave substrat personnel. D’autres considéraient que tout est littérature, c’est-à-dire préoccupation pour l’expression et pour le langage. Les œuvres de Nietzsche, Mallarmé, Proust, Joyce révèlent que cette association entre littérature et philosophie est non seulement possible mais encore harmonieuse, tant l’une se nourrit de l’autre. La légitimité d’un tel rapport est prouvée historiquement par l’ancienne unité de la poésie et de la philosophie. Le problème de la relation art et philosophie préoccupait Nietzsche qui écrivait dans Le Livre du philosophe : « Grand embarras de savoir si la philosophie est un art ou une science. C’est un art dans ses fins et sa production. Mais le moyen, la représentation en concepts, elle l’a en commun avec la science. » Lire tout l'article
Mihaela-Genţiana STĂNIŞOR
Răzvan ENACHE
Răzvan ENACHE

